Cours d'esthetique

mardi, octobre 18, 2005

Charles Batteux - Les Beaux-Arts réduits à un même principe

Charles Batteux

L’objet commun des arts est l’imitation de la nature. Les règles de goût ne sont que des conséquences du principe de l’imitation : si les arts imitent la belle nature, le bon goût des arts correspond à celui de la belle nature.

Inscrivant sa définition de l’art dans le droit fil de la pensée platonicienne, Batteux déduit du principe de mimésis l’idée d’un jugement identique à celui que l’on porte sur la nature. Une œuvre est belle dans la mesure où elle est fidèle à son supposé double.

Très conséquemment, Batteux assigne au génie la tâche de ne jamais sortir « des bornes de la nature même ». Selon lui en effet, « inventer dans les arts, n’est point donner l’être à un objet, c’est le reconnaître où il est, et comme il est. Et les hommes de génie qui creusent le plus ne découvrent que ce qui existait auparavant. » (p.19)

L’artiste ne doit rien inventer, il ne fait pas exister mais découvre plutôt ce qui déjà existe . Par le truchement de ce qui dans l’art s’apparente à une révélation, s’esquisse la possibilité d’un rapprochement entre art et nature : l’œuvre devient le moyen privilégié d’accéder à une forme dérobée, solide, véritable de la nature. Mais alors, le génie reste acculé dans sa tâche à l’imitation : la nature demeure son point de départ et son point d’arrivée, le modèle et la fin de son art.

Batteux reprend la définition platonicienne d’un art qui ne saurait avoir d’autre objet que le vraisemblable. (cf. p. 5 du polycop, Platon dans La République : « l’imitation est donc loin du vrai, et si elle façonne tous les objets, c’est, semble-t-il, parce qu’elle ne touche qu’à une partie de chacun, laquelle n’est d’ailleurs qu’une ombre »), tout en la prolongeant dans l’analyse qu’il fait des chefs d’œuvres : peuvent être qualifiés ainsi les œuvres « qui imitent si bien la nature, qu’on les prend pour la nature elle-même. »

Il y a toujours chez Batteux, la conviction que l’art, en tant qu’artifice feint, copié, artificiel, s’oppose à la nature. Pourtant se présente dans ces lignes la possibilité d’un rapprochement entre les deux, d’un éclairage mutuel à la faveur d’une révélation. L’œuvre d’art, à son point de perfection, redouble la nature en tant qu’artifice, en parle mieux que celle-ci ne l’aurait fait : l’art devient pour ainsi dire une seconde nature.